Pourquoi je commence toujours par les mots
Chaque fois qu'un client arrive avec une demande de logo, je pose la même question : « Qu'est-ce que vous voulez que les gens ressentent ? » Pas « comment voulez-vous que ça ressemble ? » — mais ce que ça doit provoquer.
Le mot avant la forme
Il y a une obsession dans le design graphique pour le visuel — normal, c'est notre métier. Mais la forme sans le mot, c'est une maison sans fondation. Elle peut tenir debout un moment, mais elle ne résiste pas à l'usage.
Le naming précède la typographie parce qu'un mot a une musicalité, une longueur, des ascendantes et des descendantes qui dictent la police. Choisir une Garamond pour un mot de deux syllabes dures, ça ne fonctionne pas de la même façon que pour un mot de cinq syllabes douces.
“Les mots sont des dessins que les gens lisent et des images que les gens entendent.”
— Paul Rand
La stratégie, ce n'est pas un document
Quand je parle de « commencer par les mots », je ne parle pas de remplir un cahier des charges. Je parle de se forcer à écrire une phrase — une seule — qui résume l'âme de la marque. Si on ne peut pas l'écrire, on ne peut pas la dessiner.
Cette phrase devient le filtre de toutes les décisions visuelles. Couleur trop douce pour une marque qui se veut incisive ? On coupe. Typographie trop décorative pour une marque industrielle ? On coupe. Le mot est le juge.

Ce que ça change concrètement
Le temps de briefing augmente. Les allers-retours diminuent. Les clients valident plus vite parce qu'ils ont eux-mêmes participé à poser les mots — ils reconnaissent leur marque quand ils la voient.
Et moi, je travaille avec moins d'hésitation. Chaque choix graphique a une justification qui ne dépend pas du goût — elle dépend de la phrase. Ce n'est plus « j'aime / j'aime pas », c'est « ça correspond / ça ne correspond pas ».